Menü
Le Concile du Saint-Esprit
L’image renouvelée de l’Église, d’où le concile Vatican II émerge comme un concile surtout pastoral, n’est pas d’abord objet de foi ou de contemplation (car rien n’y a été défini), mais d’une meilleure manière d’agir. Que cette image soit développée vers l’intérieur, dans les déclarations sur l’Église, la révélation, la liturgie, ou vers l’extérieur, dans les textes sur l’Église et le monde de ce temps, la liberté de religion, les missions, le rapport aux religions non-chrétiennes, l’œcuménisme, les moyens publics de communication ; que finalement les états dans l’Église soient réformés – les évêques, les prêtres et leur formation, les ordres religieux, les laïcs dans leur apostolat ; qu’il s’agisse de la formation ou des rapports avec les Églises catholiques orientales, – à chaque fois, l’Église nous exhorte : une nouvelle conviction intérieure, une nouvelle activité vers l’extérieur (souvent rendue possible par des structures modifiées et allégées, mais jamais remplacées), voilà ce qui est requis. – Un coup mortel est porté à cette mentalité qui pense qu’à côté du fait d’être un brave citoyen, on peut être catholique et rechercher son salut privé par l’accomplissement de quelques devoirs religieux, en laissant le souci du christianisme à des spécialistes, les membres du clergé.
L’image de l’Église
Si l’Église est dans son être le « sacrement universel du salutL’Église § 48 ; L’Église dans le monde § 45 ; Les missions § 1. Les références aux textes conciliaires sont traduites d’après l’allemand de Hans-Urs von Balthasar, car ses choix de traduction et son découpage des citations sont souvent significatifs, mais la terminologie est conforme à celle de la traduction française (éd. Fides, Montréal-Paris, 1967) (N.D.T.). », parce que la volonté d’amour et de salut de Dieu s’étend à tous les hommesLa liturgie § 5 ; L’activité missionnaire § 7., elle ne peut remplir cette détermination qu’en rendant visible, par l’être même des chrétiens dans le monde, la volonté d’amour de Dieu. Son être est primitivement et immédiatement mission. Elle est « sacrement du salutL’activité missionnaire § 5. » en tant que « sacrement de l’unitéLa liturgie § 26 (d’après Cyprien). », dans cette « opération au moyen de laquelle, obéissant à l’ordre du Christ, et mue par la grâce de l’Esprit Saint et la charité, elle devient un acte plénier présent à tous les hommes et à tous les peuples, par l’exemple de sa vie, par la prédication, par les sacrementsL’activité missionnaire § 5. » ; c’est seulement ainsi qu’elle devient « sacrement de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humainL’Église § 1. », et qu’elle opère « la rédemption de tousId. § 9. ». Car l’humanité est libérée lorsqu’elle prend possession de l’amour qui lui est envoyé par Dieu ; cet amour n’est pas seulement annoncé par l’Église comme objet de foi, mais (dans l’union intérieure du chrétien avec Dieu) il est présenté comme une réalité vécue : « En vertu de sa mission, qui est d’éclairer l’univers entier par la bonne nouvelle, et d’unir tous les hommes en un seul Esprit […] elle est le signe de la fraternitéL’Église dans le monde § 92, 1. », « afin qu’elle soit pour tous et pour chacun le sacrement visible de cette unité salvifiqueL’Église § 9. ».
Dans cette double et inexorable accolade – l’être de l’Église est (en tant que mission) inséparable de son agir, et l’amour de Dieu qui est annoncé et vécu par elle est le principe de l’unification de l’humanité dans l’Esprit de fraternité – se trouve exprimé tout le message essentiel du Concile. « Tous les hommes sont appelés à cette unité avec le Christ »Id. § 3., mais parler de l’homme c’est parler du monde comme lieu de spectacle, comme endroit de la représentation et de l’exécution, c’est-à-dire comme « chair » de l’homme ; ainsi, ce que l’Église irradie dans le monde par le dynamisme de sa mission, en tant que « signe et instrument de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humainL’activité missionnaire § 15. », doit aussi être réalisé en elle. « L’activité missionnaire tend vers l’accomplissement eschatologiqueL’activité missionnaire § 9. » du monde racheté.
Par là, les programmes de Léon XIII et Pie X (omnia instaurare in Christo), restés encore d’une certaine manière en suspens, de même que ceux que poursuivent Pie XI et Pie XII, sont remplis d’une manière simple et non suspecte de cléricalisme, grâce à une réflexion ou une intuition théologique qui peut voir dans l’idée d’universalité (= de catholicité) trois choses réunies : la volonté de salut du Créateur sur tous, l’instrument qui opère son accomplissement : le Christ-Église, et l’amour du Christ imprimé par l’Église dans tous les ordres du mondeŒcuménisme § 6 ; L’Église § 8 ; L’Église dans le monde § 21. 5.. Sans doute le mouvement d’unification du monde moderne est-il devenu un motif de cette percée théologique et de cette redécouverte du véritable être de l’Église. La « réforme » de l’Église encore « imparfaiteL’Église § 48. » exige qu’elle se regarde plus profondément dans le miroir de la révélation et de sa mission. Si la Lettre à Diognète (vers 190 après le Christ) disait : « Ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde », cette similitude contient aujourd’hui sa réalisation plus conséquente, libérée de la peur de la chair propre au platonisme de l’époque ; l’âme domine bien la chair animée, mais c’est grâce à sa chair qu’elle atteint Dieu et son propre être spirituel, et en elle qu’elle se rend présente. De même l’Église domine le monde, mais elle n’atteint Dieu et son propre être qu’en accomplissant sa mission, par l’autoprésentation de l’amour chrétien dans les ordres du monde. L’enseignement et la dispensation des sacrements ne réalisent pas tout : tous deux ne sont qu’un moyen pour la fin qui est l’accomplissement ; tout aboutit à lui.
Les déclarations sur la mission de l’Église ne pourraient pas retentir plus nettement. « L’Église est missionnaire […] car elle tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit selon le dessein de Dieu le PèreL’activité missionnaire § 2.. » Sur elle « resplendit » la gloire de l’amour « du ChristL’Église § 1. », et ce fait est aussi une tâche : elle doit se rapporter à tous les hommes, et même aux non-baptisés, de telle manière que « même pour eux l’amour de Jésus-Christ resplenditLes évêques § 16. ». Cela « ne va pas sans une conversion intérieureŒcuménisme § 7. ». « Puisque l’Église dans sa totalité est missionnaire et que l’œuvre de l’évangélisation est le devoir fondamental du peuple de Dieu, le concile invite tous les chrétiens à un profond renouvellement intérieurL’activité missionnaire § 35. [C’est Balthasar qui souligne. N.D.R.]. » Tous les chrétiens, où qu’ils vivent, ont pour devoir, « par l’exemple de leur vie et par le témoignage de leurs paroles, d’annoncer l’homme nouveau qu’ils ont revêtu par le baptêmeL’activité missionnaire § 11. ». Avant tout par un « amour oublieux de soi », « qu’ils soient préoccupés dans leur charité de l’Homme lui-même, en l’aimant du même mouvement dont Dieu nous a cherchésId. § 12. ». « La vocation chrétienne est essentiellement une vocation à l’apostolatL’apostolat des laïcs § 2. », et s’il y a « dans l’Église diversité des ministères, mais unité de missionId. § 2. », « chaque membre a part à la mission de tout le corpsLes prêtres § 2. ».
Ainsi le centre de gravité vient se placer sur le laïcat. Il se trouve à l’endroit où le message se réalise (par la médiation du clergé) et là où il doit être enraciné dans la matière du monde. Aujourd’hui plus que jamais. « Rien ne peut remplacer les laïcsL’apostolat des laïcs § 16.. » « L’Église n’est pas réellement fondée […] aussi longtemps qu’un véritable laïcat n’existe pas et ne travaille pas avec la hiérarchie. L’Évangile ne peut s’enfoncer profondément dans les esprits, dans la vie, dans le travail, sans la présence active des laïcsL’activité missionnaire § 21.. » Car « ils appartiennent aussi bien au Peuple de Dieu qu’à la communauté civileL’apostolat des laïcs § 1. ». C’est pourquoi aujourd’hui le champ de l’apostolat est précisément « en grande partie ouvert à eux seulsId. § 2. ». Le propre de leur état est de mener leur vie au milieu du monde et des affaires profanes, « ils sont appelés par Dieu à exercer leur apostolat dans le monde à la manière d’un fermentId. § 3. ». Ils n’ont besoin pour cela d’aucune mission particulière de l’Église ; par le baptême et la confirmation, « le Seigneur les envoie eux-mêmes », et le Saint-Esprit les pourvoit « de dons particuliers pour ce faireId. § 13. ». Les laïcs sont « la lumière du mondeL’Église § 31. ». Par leur « caractère d’être dans le monde » et leur « vocation propreL’Église dans le monde § 36. 1. », ils sont invités à reconnaître « le lien étroit entre l’activité dans le monde et la religion, qui semble effrayer un grand nombre de nos contemporainsId. § 38. 1. », parce qu’au contraire « la transformation du monde est le commandement nouveau de l’amourId. § 38, 1. », et que par un engagement aimant pour ses exigences sociales, économiques et politiques « la matière est préparée pour l’avènement du règne de DieuId. § 14, 1. ». C’est pourquoi il est spécialement « défendu » aux laïcs (comme en général à tous les chrétiens) « de dédaigner la vie corporelle […]. C’est donc la dignité même de l’homme qui exige de lui qu’il glorifie Dieu dans son corpsId. § 20, 2. ».
Bien loin de « détourner les chrétiens d’édifier la civitas terrena », « la religion pousse les chrétiens à s’engager en elle de manière chrétienneId. § 32. ». Tout le devenir-homme du Christ et tout le travail de sa vie était un tel engagementId. § 67, 2.. Par lui, le travail a reçu une nouvelle dignité définitiveId. § 41. [C’est Balthasar qui souligne. N.D.R.]. En travaillant, nous devons « imiter dans son amour agissantL’apostolat des laïcs § 5. ». En écho à la phrase de Lacordaire : « Il n’y a pas deux amours », le Concile dit de manière significative : « il n’y a qu’une seule conscience chrétienne, et elle doit toujours le guider dans les deux domainesL’Église dans le monde § 43. 1. ». « L’opposition artificielle entre les activités professionnelles et sociales d’une part, les activités religieuses de l’autre part » « est à compter parmi les plus grandes erreurs de notre tempsId. § 90, 1. ». Si l’on a pu trop peu s’en apercevoir auparavant, la situation actuelle du monde nous contraint inévitablement à voir les deux activités dans leur convergence : le plan unitaire du monde terrestre et la tâche universelle (catholique) de l’Église sont coextensifs. L’horizon universel du monde est un motif qui contraint les chrétiens à percevoir la véritable totalité de leur missionL’activité missionnaire § 36.. « Comme membres du Christ vivant, auquel ils ont été incorporés et configurés […], tous les fidèles sont tenus de coopérer à l’expansion et au développement de son Corps, pour l’amener le plus vite possible à la plénitude. C’est pourquoi tous les fils de l’Église doivent avoir une vive conscience de leur responsabilité à l’égard du monde et nourrir en eux un esprit véritablement catholiqueL’Église dans le monde § 57, 1.. » Les deux domaines ne sont pas posés l’un à côté de l’autre sans relation entre eux, ils ne se recouvrent pas seulement formellement, car ce qui est atteint et qui doit l’être à travers les progrès scientifiques, techniques et culturels, c’est « la construction d’un monde plus humainId. § 53, 2. », l’adaptation des conditions de vie à la dignité de la personne humaine, autant que possible pour tous les hommes. Le progrès technique n’intéresse le Concile que de manière indirecte, comme « progrès des mœurs et des institutionsId. § 63, 1. », puisque l’homme est bien « l’auteur, le moyen et la fin de la cultureId. § 64. », qui est tout entière « au service de l’hommeId. § 65, 2. ». Reconnaître et diriger le progrès correspondant (car celui-ci n’en découle pas automatiquement)Id. § 84, 3 ; 90, 3. est déjà beaucoup ; mais la clé qui est au centre de toute l’argumentation est celui de « dignité de la personne ». La culture peut produire de la justice – ce qui se dit négativement : elle peut travailler à la suppression de la « misère infinieL’Église § 36. » – et ainsi procurer des espaces pour la liberté, qui est à la fois « liberté chrétienne et liberté humaineL’Église dans le monde § 25 ; 37. », car il n’y a pas deux libertés. La voie pour atteindre ces valeurs à partir du monde est la socialisation, dont les dangers éminents sont très bien vus, auprès de leurs avantagesId. § 19-20 ; 57, 5. – et, avant tout, le danger d’une fausse autosuffisance (et donc de l’athéisme) de l’homme maître de la natureId. § 72, 2..
L’appel à la responsabilité
On le voit : « la tâche du chrétien est tout à fait immenseId. § 93, 1. ». Et cela vaut pour les laïcs : « Gigantesque est le champ de leur apostolatL’apostolat des laïcs § 14.. » Ils ont « d’innombrables occasions de l’exercerId. § 6. », précisément dans les domaines du monde qui ne sont ouverts qu’à euxId. § 7.. Cela exige d’eux « une durable conversion », qui doit « s’exprimer aussi à travers les structures de la vie du mondeL’Église § 35. ». Cela requiert de la part des prêtres essentiellement « qu’ils éveillent et soutiennent l’activité apostolique des laïcsLa formation des prêtres § 20. ». Cela requiert de la part des laïcs une compétence professionnelle irréprochable, et donc de l’initiative personnelle : « Qu’ils ne pensent pas que leurs pasteurs aient une compétence telle qu’ils puissent leur fournir une solution concrète et immédiate à tout problème, même grave, qui se présente à eux, ou que telle soit leur missionL’Église dans le monde § 43, 2.. » Les laïcs doivent pour cette raison posséder la connaissance de leurs adversaires, et d’abord du matérialisme et de l’athéismeL’apostolat des laïcs § 31. a., dont le Concile dénombre neuf causesL’Église dans le monde § 19, 2., et se munir de connaissances théologiques approfondiesId. § 62. 7.. Il leur incombe la responsabilité de l’homme véritable (qui n’est connu que par le christianisme, puisqu’il sait comment Dieu voit l’homme), et c’est précisément dans l’entreprise de cette « responsabilité pour les frères et pour l’histoire » que le laïc chrétien devient un vrai humanisteId. § 55.. En vérité, il réalise à sa manière « l’esprit de pauvreté », comme quelqu’un « qui ne possède rien et qui pourtant a toutId. § 37 ; 72, 2. », il incarne ainsi l’esprit originaire, « l’esprit authentique de l’Église », parce qu’il « doit cheminer jusqu’à la mort sur la voie de la pauvreté, de l’obéissance, du service et du sacrifice de soiL’activité missionnaire § 5. ». Il lui revient la responsabilité de la famille, dont il doit résoudre les multiples problèmes avec un esprit chrétienL’Église dans le monde § 47-52 ; 87., la responsabilité de son travail, et également de la vie politique publiqueId. § 75., de la vie économique, pour laquelle il doit connaître les principes chrétiens : les biens du monde sont destinés à la communauté ; ce qu’un individu possède légitimement, il ne devrait pas le considérer comme lui appartenant exclusivement, mais aussi comme une partie du bien commun ; parce que tous les hommes ont un droit à ce qui est nécessaire pour vivre, d’une part le possédant est tenu de subvenir aux besoins des pauvres (et pas seulement avec son superflu), d’autre part le pauvre dans la nécessité a le droit de se procurer lui-même jusqu’aux richesses d’autruiId. § 69, 1 et notes 8-10.. Le chrétien semble en définitive, selon cette conception de l’Église, s’engager sur tous les fronts et s’atteler à toutes les tâches.
Inlassablement, le Concile appelle l’attention sur les pauvres, et précisément sous cette figure : les « sans-revenu et les pauvresLes évêques § 13. », les « pauvres, les petits, les malades, les pécheurs, les incroyants » (qui seront particulièrement reçus par les prêtresLa formation des prêtres § 8. Cf. Les prêtres § 6.), les « émigrants, exilés, réfugiés, marins, aviateurs, nomades » (que les évêques porteront dans leur cœurLes évêques § 18.), les « faibles » (qui sont accueillis par les laïcsL’apostolat des laïcs § 8.), « les pauvres avant tout ! », dit la première phrase de la constitution sur l’Église dans le mondeL’Église dans le monde § 1, 1.. « La plus grande partie du globe souffre encore d’une telle misère que le Christ lui-même, dans la personne des pauvres, réclame comme à haute voix la charité de ses disciplesId. § 88. 1.. » Il faut donc tout faire – naturellement avec les non-chrétiens – pour supprimer le scandale de l’actuel partage des biens.
Ainsi le chrétien est appelé au travail en commun et au « dialogue » avec tous les hommes. Le mot de dialogue, si souvent employé par le Concile, semble pour certains avoir une résonance relativiste qui n’engage à rien, et ils l’interprètent donc ainsi. En vérité, celui-ci est plus difficile qu’une simple annonce unilatérale. Il signifie : tenir ferme. Se présenter à l’inéluctable opposition. Comme les prophètes, aller à la rencontre des rois, des prêtres, du peuple. Comme le Christ lui-même l’a toujours faitL’activité missionnaire § 11.. C’est un « dialogue du salut », qui doit se signaler par l’unité de la vérité et de l’amour, de la clarté et de l’humilité, de l’intelligence et de la confianceLes évêques § 13.. Chaque prêtre doit y être préparéLa formation des prêtres § 15., et il y va aussi du dialogue œcuménique et de la rencontre avec les autres religionsId. § 16 ; Œcuménisme § 4 ; Relation avec les Églises catholiques orientales § 22.. Là où l’on rencontre des erreurs manifestes, l’on doit distinguer entre l’erreur, qu’il faut condamner, et l’homme, qui a sa dignité de personne et dont Dieu seul dirige le cœurL’Église dans le monde § 28, 2..
Il ne serait pas faux de voir, dans l’esprit du Concile, toute la réforme de l’Église comme dirigée vers le grand mouvement de mission de l’Église. Pour le formuler de manière exagérée : les clercs doivent être la lumière des laïcs, pour que les laïcs puissent être la lumière du monde. La « collégialité des évêques » implique, outre une note « démocratique », qu’on se rapproche du monde, et dans l’ensemble les ministères cléricaux sont relancés par la prééminence universelle et chrétienne du « serviceÀ propos des évêques : Les évêques § 10 ; des prêtres : Les prêtres § 6 et passim. Pour l’Église en général : L’activité missionnaire § 12. ». Ainsi il est décisif que les clercs soient appelés à une collaboration compétente avec les laïcs, à commencer par les congrégations romainesLes évêques § 10., en passant par le ministère diocésainId. § 27 ; L’apostolat des laïcs § 26., jusqu’à la paroisseLes évêques § 30 ; L’apostolat des laïcs § 26.. C’est pourquoi il est toujours et sans cesse question des « droits et devoirs » du laïcat dans l’ÉgliseLes prêtres § 16 ; L’apostolat des laïcs § 3 ; cf. L’Église dans le monde § 65, 3, etc.. Même l’exemption des ordres religieux est si profondément restreinte qu’elle s’insère sans friction dans le mouvement missionnaire d’ensemble de l’ÉgliseLes évêques § 35.. Le clergé apparaît donc pourvu d’une énorme responsabilité ; non seulement l’évêque, mais même le séminariste, le curé de paroisse et ses vicaires. Si on lit cette sectionLes prêtres et La formation des prêtres ; Les évêques § 28-30., l’on verra que la mobilisation des laïcs pour le témoignage chrétien dans le monde n’en décharge pas les prêtres, et qu’elle l’exige doublement – mais pourtant de manière tout à fait spirituelle. Il s’agit bien pour eux d’une spiritualité qui naît du centre de l’ÉvangileEt donc du cours fondamental christocentrique à l’usage des séminaristes qui reçoit une nouvelle introduction dans La formation des prêtres § 14, 16., mais ainsi il est manifeste « que toutes les activités des croyants dans le monde » peuvent être connues comme « baignées de la lumière de l’ÉvangileL’Église dans le monde de ce temps § 43. 3. ». C’est précisément cette amplitude que l’on ne cesse de requérir de la prédication : elle doit absolument être homélie, explication de l’Évangile, mais de telle manière que les croyants puissent appliquer cette explication à leur vie dans le mondeL’apostolat des laïcs § 24 ; 35 ; La révélation § 2 ; 23-24 ; Les évêques § 39, 2 ; Les prêtres § 4 (les difficultés de la prédication dans le monde présent y sont soulignées) ; § 5..
Les exigences religieuses
Le Concile exige une telle amplitude : depuis l’authentique révélation chrétienne jusqu’à la totale ouverture au monde dans la mission chrétienne. On attend ainsi des évêques qu’ils proclament « le mystère intégral du Christ », mais par là ils doivent se rapporter aux « réalités terrestres » et à leurs revendications qui concernent les chrétiensLes évêques § 12.. Puisqu’il ne s’agissait pas pour ce Concile de définitions dogmatiques, c’est le mystère de la révélation comme tel qui est présupposé (ce qui est évident en d’innombrables endroits), sans que celui-ci soit représenté expressément et complètement. Les nombreuses injonctions faites aux prêtres, aux ordres religieux et aux laïcs, de puiser à la plénitude de la révélation pour leur apostolat, montrent clairement que le Concile n’a d’aucune manière annoncé une « nouvelle spiritualité », qui aurait eu en quelque sorte son centre dans une « conversion au monde ». Il y a aujourd’hui chez les gens d’Église, et particulièrement parmi les théologiens et les professeurs de théologie, une fâcheuse « sécularité », qui passe à côté du Concile et qui prétend faussement faire voile sous ses couleurs. Contre elle, on doit tenir ferme quelque chose qui vaut comme principe d’interprétation pour tous les textes conciliaires : le Concile requiert de nouveaux ajustements pour que le message originaire puisse parvenir où il veut et où il doit parvenir ; il dresse pour cette raison de nouvelles exigences, qui toutes proviennent de la volonté originaire du Dieu indivisible, trois en un, Créateur, Rédempteur et Sanctificateur. Tous les chrétiens ont le droit et le devoir, qui n’est pas toujours rappelé à leur mémoire, d’avoir présentes à l’esprit les vérités dogmatiques élémentaires comme arrière-plan évident de tout ce qui est dit, de ramener tout ce qui surgit de neuf à la source première de la révélation, et de l’interpréter à partir de là. Le Concile dit bien assez que ce principe (au fond évident) se confirme dans ses directives. Nous ne pouvons qu’en indiquer quelques lignes.
Puisque seul le Christ est la solution des problèmes du monde, y compris des plus graves tensionsL’Église dans le monde de ce temps § 10, 2 ; 22, 1-6., puisqu’il est « le centre du genre humainId. § 45. 2. », il s’agit qu’il prenne figure dans « tous les croyantsL’Église § 7. [C’est Balthasar qui souligne. N.D.R.] », ce qui veut dire que tous « s’offrent eux-mêmes comme une hostie vivante, sainte, agréable à DieuId. § 10. ». « Suivant le Christ pauvre, […] imitant le Christ humble, ils ne sont pas avides d’une vaine gloire, mais ils s’efforcent de plaire à Dieu plutôt qu’aux hommes, toujours prêts à tout abandonner pour le Christ, à souffrir persécution pour la justice et à prendre leur croixL’apostolat des laïcs § 4. » : voilà ce qui est attendu du laïc. Et celui-ci, malgré sa piété, « doit être bien inséré dans le caractère profane de son travailId. § 29. », il doit « accomplir la mission du Christ et de l’Église en vivant par la foi le mystère divin de la création et de la rédemption sous la motion de l’Esprit-Saint, qui […] sollicite tous les hommes à aimer Dieu comme un père et à aimer en lui le monde et les hommesIbid. ». Le laïc doit apprendre sa piété envers le Christ à travers la participation active à la liturgie, et d’abord à la sainte messe. Lui qui a déjà été introduit par le baptême dans le mystère pascal de la mort et de l’ensevelissement, il doit ici apprendre à se sacrifier lui-même, à annoncer la mort du Seigneur en recevant la jouissance de son banquet pascal jusqu’à ce qu’il revienneLa liturgie § 6 ; 48.. Les exigences religieuses de l’apostolat des prêtres sont traditionnelles sans restriction : les prêtres sont « mis à part pour l’Évangile de Dieu » (Rm 1, 1), « pleinement consacrés » à l’œuvre pour laquelle Dieu les appelle, ils doivent être dans le monde en n’étant pas du mondeLes prêtres § 3.. Ils doivent tuer en eux les œuvres de la chair, et laisser vivre en eux le Christ à tel point qu’ils puissent le représenter à l’autelId. § 12-13.. Ils doivent être obéissantsLa formation des prêtres § 9. « L’obéissance est la vertu particulière du serviteur du Christ, qui a racheté le genre humain par son obéissance » L’activité missionnaire § 24., observer le célibatLa formation des prêtres § 10., et ainsi « être convaincus de la prééminence de la virginité consacrée au ChristIbid. », « d’accepter joyeusement », « comme signe et stimulant de la charité pastorale », et comme « source particulière de leur fécondité spirituelleLes prêtres § 16. », et donc « ne pas se laisser impressionner par de fausses théories, qui présentent la continence parfaite comme impossible ou nuisible à l’épanouissement humainLa vie religieuse § 12. ». Ils sont tenus de manière pressante à épouser la pauvreté volontaire à la suite du Christ, et ils doivent en tous cas éviter tout ce qui pourrait rendre plus difficile l’accès des pauvres à l’église paroissialeLes prêtres § 17.. Ils doivent dans leur proclamation « ne pas avoir honte du scandale de la croixL’activité missionnaire § 24. ».
Avant tout, le poids principal porte sur la prière, la méditation, la contemplation, l’adoration : ces concepts et ces exigences ne cessent de revenir. Le candidat à la prêtrise entretiendra dans son cœur « une véritable méditation de la parole de DieuLa formation des prêtres § 8. », il est recommandé aux prêtres dans leur ministère de rechercher les meilleurs moyens « pour communiquer aux autres ce qu’ils ont vu dans la contemplationLes prêtres § 13. » ; ils doivent d’abord « considérer les grands mystères qui sont signifiés et accomplis dans le célibat » : les « noces mystérieuses du Christ et de l’ÉgliseId. § 16. ». On aspire à la compénétration de l’action et de la contemplation, mais de telle manière que finalement l’action reste dirigée « vers la contemplationLa liturgie § 2. ». Les prêtres doivent « nourrir et alimenter leurs actions de la plénitude de leur contemplationL’Église § 41. ». C’est bien la question la plus difficile : comment « sauvegarder dans l’humanité les puissances de contemplation et d’admiration qui conduisent à la sagesseL’Église dans le monde § 56, 4. ? » car l’équilibre entre les exigences de la vie collective et celles de la contemplation est maintenant rompuId. § 8. 2.. Et le prêtre doit d’autant plus rechercher pour soi « un véritable esprit de prière » par une relation personnelle au Christ « dans la visite et le culte personnel de la sainte EucharistieLes prêtres § 18. ». C’est pourquoi l’atmosphère dans les séminaires doit déjà « être imprégnée de l’amour du recueillement et du calmeLa formation des prêtres § 11. ».
Ainsi les ordres religieux, et précisément les ordres purement contemplatifs sont hautement loués. « Aussi pressante que puisse être la nécessité d’un apostolat actif, ils ont une place de choix dans le corps mystique du Christ », comme « sources d’où proviennent les grâces célestesLes ordres religieux § 7. », comme « lieux pour l’édification du peuple chrétienId. § 9. ». La vie contemplative, précisément dans sa forme monastique, doit avant tout être orientée vers les jeunes Églises des pays de missionL’activité missionnaire § 18. ; les ordres sont chargés d’y entreprendre de nouvelles fondationsId. § 40.. Mais le moment contemplatif appartient à l’Église tout entière : la « sainte liturgie a pour but premier l’adoration de la majesté divineLa liturgie § 33. », c’est pourquoi dans la sainte messe « on observera aussi en son temps un silence sacréId. § 30. ». Cela n’empêche pas que le peuple soit par là enseigné, car « dans la liturgie, Dieu parle à son peuple ; le Christ annonce encore la bonne nouvelleId. § 33. ». Un des effets de la technique, espère le Concile, pourrait être de libérer l’homme de l’esclavage de la matière, « pour qu’il s’élève plus facilement à la prière et à la contemplation du créateurL’Église dans le monde § 57, 4. ». Il incombe à l’Église, avant tout, d’être préoccupée du développement plénier de la personnalité, « pour développer les puissances d’admiration et de contemplationId. § 59, 1. ». Et cela enfin par la confrontation « avec les anciennes traditions ascétiques et contemplatives » (de l’AsieL’activité missionnaire § 18.), que l’Église ne peut rencontrer autrement qu’en s’imprégnant elle-même de l’esprit de contemplation. Et pareillement, le monachisme oriental est hautement louéLes Églises catholiques d’Orient § 15..
C’est pourquoi on accorde une grande valeur au fait que les évêques et les prêtres, eux-mêmes adonnés à la contemplation, soient capables et soucieux d’éveiller les charismes qui se trouveraient dans le peuple chrétien en général, de les discerner, et « autant que possible, de développer les vocations de prêtres, de religieux et de missionnairesLes évêques § 15 ; pour les prêtres : Les prêtres § 9. ». Les prêtres doivent être conduits « à aider les religieux et les religieuses », et ils doivent pour cela exercer l’art de « la direction spirituelleLa formation des prêtres § 19 ; Les prêtres § 6. ». Les prêtres et les enseignants chrétiens « doivent faire de sérieux efforts pour donner, à proportion des besoins de l’Église, un nouvel accroissement de vocations religieuses choisies avec soin et discernement. Même dans la prédication quotidienne, on traitera plus souvent que jusqu’ici des conseils évangéliques et du choix de l’état religieuxLes religieux § 24. [C’est Balthasar qui souligne. N.D.R.] ». Naturellement, les parents chrétiens ont une responsabilité touchant ces vocationsL’Église dans le monde § 52 ; L’activité missionnaire § 41.. Même les religieux ne doivent pas s’en laisser conter, les conseils évangéliques « loin de s’opposer au progrès véritable de la personne humaine, cherchent plutôt, par leur nature même, à le promouvoir au plus haut point. Et personne ne doit penser que les religieux, du fait de leur consécration, deviennent étrangers aux hommes et inutiles dans la cité terrestreL’Église § 46. ». Car comment la forme de vie de Jésus-Christ et de sa mère pourrait-elle être inutile à l’Église et au monde ? La vie conforme à ces conseils est « signe et stimulant de la charité, et une source peu commune de fécondité spirituelle dans le mondeId. 42 ; Les religieux § 12-14, ». Le clergé séculier et les missionnaires sont donc appelés à une spiritualité des conseils du ChristLes prêtres § 15-17.. Et spécialement : « l’obéissance est si loin de mépriser la dignité personnelle de l’homme, qu’elle le conduit toujours davantage vers la perfection », à condition certes que les supérieurs reconnaissent et respectent précisément la dignité personnelle de celui qui obéitLes religieux § 14..
Dans ce contexte on doit encore mentionner à quel point le Concile, que l’on présente tout à fait illégitimement comme anti-marial, désire que la Vierge Mère de Dieu soit vénérée par tous les états de vie. Par les prêtres (« ils doivent aimer et vénérer Marie avec une confiance filialeLa formation des prêtres § 8 ; Les prêtres § 18. »), par les laïcsL’apostolat des laïcs § 4., par les religieuxLes religieux § 25., par toute l’ÉgliseL’Église § 52 et s. ; Les laïcs § 103., tandis que toute la vénération mariale de l’Église d’Orient est magnifiéeLes Églises catholiques d’Orient § 15.. La situation de Marie et de sa vénération dans l’enseignement sur l’Église en général met la mère de Dieu à la première place, là où devient visible la véritable portée de ses privilèges : d’être typus et exemplar spectatissimum [modèle et exemplaire admirables] et, ainsi, la « mère bien-aiméeL’Église § 53. » et donc d’être « appelée avocate, auxiliatrice, aide et médiatriceId. § 62. ». « En elle, l’Église est déjà arrivée à sa perfectionId. § 65.. » Marie est donc la figure eschatologique de l’Église, qui demeure dans tous ses autres membres semper reformanda [toujours à réformer].
Tout ce qui a été déclaré sous le titre de liberté religieuse, de rencontre avec les religions non-chrétiennes, et d’œcuménisme, appartient aux conditions de l’être et de l’agir de l’Église. Ainsi 1. On rend honneur au Créateur, à l’unique Seigneur, qui a créé toutes les personnes libres et directement pour elles-mêmes, tandis que l’Église n’est que la servante de l’humanité. 2. On rend honneur au Christ, qui est venu à nous dépouillé de toute puissance, et qui dans sa prédication et sa parole n’a exercé de pression sur personne, mais qui a recommandé qu’on l’imite comme doux et humble de cœur. 3. On rend honneur au Saint-Esprit, qui souffle où il veut, et qui peut également répandre les grâces et les révélations cachées hors de l’Église visible. Tout cela, l’Église des premiers temps l’avait suLa liberté religieuse § ; « Aux origines de l’Église, ce n’est pas par la contrainte ni par des habiletés indignes de l’Évangile que les disciples s’employèrent à amener les hommes à confesser le Christ comme Seigneur. », et il est humiliant pour nous de devoir réapprendre après tant de siècles ce qui avait été au moins partiellement oublié. Combien de temps perdu ! Le monde nous a contraints finalement au « désarmement » chrétien, qui n’a plus que « la force de Dieu » (Ep 6, 11) et dont la seule victoire est de rencontrer ses contemporains.
Avec les véritables valeurs chrétiennes : la prière, la pénitence, les conseils évangéliques, l’apostolat désarmé, l’amour respectueux de tous les hommes, le chrétien est envoyé dans « le monde séculier », où il doit « soutenir » le dialogue et faire ses preuves dans le domaine du travail. La plus grande tension est exigée, les ponts aux plus grandes arches sont nécessaires, les plus lourdes responsabilités sont posées. Le Concile a aggravé, il n’a rien facilité. Il a été, plus que tout autre, un Concile du Saint-Esprit. Car l’Esprit vient du Père et du Fils ; du Père, qui a créé le monde et ses ordres, du Fils, qui a racheté le monde par la croix et l’extrême renoncement. Mais ce ne sont pas deux sphères posées l’une à côté de l’autre, car le Père a créé toutes choses dans le Fils, et le Fils a racheté toutes choses dans le Père, afin de mettre à ses pieds le règne accompli (1 Co 15, 23). Mais l’Esprit est l’unité ultime du monde de la création et du monde de l’Église, il est mondain et spirituel au sens mentionné à l’instant : tout ce qui est du monde, il le transporte vers le Père, tout ce qui est du Christ, il l’ouvre au cosmos du Père. Dans la personne de ses représentants officiels, l’Église a compris que, par l’être désarmé et dépouillé de cet amour qui ne possède que des armes spirituelles, elle est placée à la place la plus ouverte et donc la plus fructueuse qui se puisse penser : à la place du Saint-Esprit qui souffle en liberté entre le règne du Père et le règne du Fils, qui est insufflé par le Père au Fils (du monde à l’Église) et également par le Fils au Père (de l’Église au monde).
Phénomène d’atrophie
Il est dommage que l’époque post-conciliaire ne semble pas encore avoir complètement aperçu la grandeur du programme, – qui n’apparaît, il est vrai, que si l’on considère son unité. Soulignons deux points principaux (en passant sous silence le reste) qui entravent son déploiement : une tendance au libéralisme dans la théologie et une surévaluation unilatérale de la réforme liturgique.
1. Au lieu de donner au peuple chrétien en marche dans le monde une théologie forte, forgée à partir de la plénitude de la révélation, la théologie actuelle montre de multiples incertitudes et signes de délabrement. Les manuels scolastiques ne suffisent plus, on doit revenir à l’Écriture. Mais l’Écriture est par beaucoup détruite de l’intérieur, à l’aide des méthodes protestantes de la démytologisation. Si l’on en tire les conséquences, il ne reste dans les faits rien de plus qu’un humanisme libéral-chrétien, qui se réclame faussement du Concile et de son appel au dialogue, mais qui n’a plus aucune bonne nouvelle de Dieu à annoncer. Même le slogan des « chrétiens anonymes », – qui possèdent par l’ordination surnaturelle du monde des voies de salut à l’extérieur de l’Église chrétienne –, dilue, pour la compréhension moyenne, la nécessité de la confession positive du Christ : on peut aussi s’en passer. Ce n’est pourtant pas en réduisant « la largeur, la longueur, la hauteur » de la vérité de l’amour de Dieu « qui surpasse toute conception » (Ep 3, 18-19), que l’annonce et l’exposition du christianisme seront facilitées, mais au contraire, en ramenant toujours – dans la prédication, la catéchèse, le catéchuménat des adultes« Les évêques doivent aussi s’efforcer de restaurer ou d’aménager le catéchuménat des adultes », Les évêques § 14. – tous les aspects singuliers de la vérité jusqu’aux plus grandes profondeurs et en les exposant comme le mystère inimaginable et insondable de Dieu dans l’absolu.
2. La réforme liturgique règle un désir millénaire. Ce désir est si pressant et si central qu’aucune objection tirée de l’histoire de la culture ne peut lui résister : ni la noblesse et la beauté du latin, ni la magnificence et la valeur de l’ancien style architectural qui étaient ordonnés à une liturgie cléricocentrique, ni même la difficulté pour notre époque sans culture de forger une langue liturgique convaincante, etc. Tout cela n’est qu’un obstacle secondaire auprès du désir primitif : « une participation consciente et active« Conscia et actuosa participatio » [participation consciente et active], Liturgie § 14 et très souvent. » du peuple assemblé au service divin. Mais cette réforme si instamment nécessaire n’est pas le centre des efforts du Concile, – et elle ne doit apparaître dans cette lumière ni aux clercs ni aux laïcs – ; elle ne doit pas égarer, choquer le peuple, au point de le décourager et de le rebuter de la prière. On aura bien plutôt souci « que les formes nouvelles sortent des formes déjà existantes par un développement en quelque sorte organiqueLiturgie § 23. », et cela doit être entrepris « avec prudenceId. § 19. ». Il est très vrai que la messe n’est « pas de nature privée », et les croyants doivent savoir clairement que « la célébration commune doit l’emporter sur la célébration individuelle et quasi privéeId. § 27. ». Il ne faut pourtant pas oublier que la messe dominicale est située dans la semaine pour de nombreux chrétiens de ce temps, puisqu’ils y rapportent aussi à Dieu leurs aspirations personnelles, et qu’il est dangereux de leur dérober cette occasion d’une adoration personnelle de Dieu, sans produire le succédané nécessaire. Du moins « un silence sacré doit être observé en son tempsId. § 30. » après la consécration et la communion, et d’autre part les prières du peuple doivent être soignéesId. § 13., la prière personnelle à la maison réapprise. Enfin les textes en langue vernaculaire doivent être rédigés de manière à correspondre à la réceptivité linguistique d’aujourd’hui (ce qui ne vaut certes pas des traductions présentes des oraisons et de maintes épîtres), sans niveler leur valeur religieuse. Mais le clerc doit ici comme naguère se sentir le serviteur du peuple et en avoir l’attitude, et le service divin ne doit pas être perçu comme l’occasion d’un nouveau cléricalisme, selon lequel il pourrait s’en donner à cœur joie et conduire son troupeau à sa guise. Quant au retournement de l’autel, hors duquel, pour de nombreux ecclésiastiques, il n’est point de salut, le Concile n’en dit pas un mot. Il peut dans les églises modernes être tout à fait profitable ; dans les églises baroques, il produit principalement un vide, y compris liturgique. Le gain est faible ; il est tout aussi significatif pour le prêtre, en tant que porte-parole du peuple d’aller dans la même direction que lui vers Dieu, que d’aller à sa rencontre (dans la « fonction du Christ »). En tout cas on gagne peu de chose à faire d’un tel remplacement d’éléments accessoires une fin, alors qu’ils ne sont que des moyens.
La totalité de l’arcEn allemand Bogen (arc, arche, arceau) : une ouverture maximale dans la tension la plus haute. Le terme était introduit dans la section précédente par une comparaison avec les arches d’un pont, ici il s’agit plutôt de maintenir le rapport entre les pôles opposés – comme dans un arc électrique (N.d.T.).
Chacun dans l’Église, qu’il soit moine ou moniale, évêque ou prêtre, laïc ou missionnaire, est tenu de produire dans son existence la totalité de l’arc. Le moine et la moniale se consacrent à Dieu pour la rédemption de la totalité du monde séculier, qu’ils fassent partie d’un ordre actif ou contemplatif. L’évêque et les prêtres travaillent auprès du peuple laïc, qui pénètre dans le monde, et ils ont aussi devant les yeux dans toutes leurs activités les non-catholiques et les non-chrétiens. Les missionnaires, par vocation, s’acheminent dans le monde avec l’Église, et aussi les laïcs, chacun à sa manière. Les communautés dans le monde (instituts séculiers) sont comme un symbole particulièrement impressionnant pour l’Église présente, car leur exigence propre est « la totalité de l’arc » : consécration de la vie à Dieu dans les conseils évangéliques et en même temps travail de laïcs dans toutes les professions et tous les milieux séculiers. Eux non plus ne doivent pas se laisser dire que la consécration de leur vie fait obstacle à leur liberté personnelle ; selon l’enseignement très clair du Concile, le renoncement chrétien conduit à la véritable liberté et à la maturité de l’amourL’Église § 46 ; Les religieux § 14 etc.. Il comprend cela, celui qui vit pour servir et non pour jouirLe Concile ne développe pas de doctrine propre concernant les communautés séculières, celle-ci était déjà développée depuis peu de temps (à de nombreuses reprises depuis 1947). Voir pourtant L’Église § 3 ; Les religieux § 1 et 23 ; L’Église dans le monde § 62, 7 ; Les missions § 2 ; L’œcuménisme § 29, où les nouvelles formes de la vie religieuse sont présentées comme des signes de la réforme de l’Église..
Hans Urs von Balthasar
Originaltitel
“Der ganze Bogen”
Erhalten
Technische Daten
Sprache:
Französisch
Sprache des Originals:
DeutschImpressum:
Saint John PublicationsÜbersetzer:
Olivier BoulnoisJahr:
2026Typ:
Artikel
Quellenangabe:
Revue catholique internationale Communio 16, 2 (1991): 40‑60.